Le safari des profs 4

En route pour l’extrémité est de Bienne. On se rend dans le charmant quartier de la Gurzelen où Lupita Ruiz a élu domicile avec sa petite famille. Elle nous accueille dans sa maison, une vénérable bâtisse, flanquée d’un atelier qui accueillait à l’époque une petite imprimerie. Elle nous fait visiter ces lieux au potentiel illimité et qui lui donnent mille idées de développements futurs…
Bonjour Lupita, peux-tu nous résumer ton parcours d’études ?
Je suis arrivée en Suisse à l’âge de 17 ans pour étudier le graphisme. Lorsque j’étais enfant, une famille suisse a logé chez moi, en Colombie. Ce sont devenus des amis et ils ont accepté de me loger à mon tour chez eux, en Suisse, le temps de mes études. Je n’avais pas vraiment idée de ce qu’était le graphisme et j’ai finalement pu me spécialiser en photographie dans le cadre de mon Bachelor à l’ECAL. Après ça, j’ai étudié deux ans dans une autre école à Zurich et j’ai finalement réalisé un Master en Art à Bâle. C’était très intéressant de travailler avec des gens qui venaient de domaines très artistiques et de ne plus avoir de questionnement qui parlait uniquement de technique.
Comment es-tu entrée dans le monde du travail ?
Mon premier mandat a été pour Migros Magazine. J’ai dû faire le portrait d’une personne qui avait créé une chaine TV sur son quartier, La Bourdonnette, à Lausanne. Puis le magazine a continué à me proposer d’autres mandats. Mais évidemment, j’ai fait pleins d’autres petits jobs pour vivre. Et mon véritable premier job a été de travailler chez McDonald’s.
Est-ce que tu as eu cette vocation pour la photographie dès l’enfance ?
Non, non, pas du tout ! En général, les photogra-phes expliquent qu’ils ont découvert la photo à 13-14 ans avec l’appareil de leur père ou leur grand-père… Moi, le seul appareil de ma famille a été prêté des dizaines de fois contre de l’argent dans un magasin de prêt sur gage. Il a toujours été à la limite d’être vendu à quelqu’un à chaque fois que mon père n’avait plus de thune. Donc finalement, c’est à l’ECAL* lorsque j’ai compris ce qu’était le graphisme, que je me suis tournée vers la photographie.
Est-ce que tu as dû te spécialiser ou changer de voie ?
Ce n’était pas vraiment un changement de voie, mais plutôt une décision d’arrêter les travaux alimentaires qui n’ont pas de liens avec l’art, parce que ce sont vraiment des problématiques difficiles. Par exemple, après mon séjour à Zurich qui était vraiment génial, j’ai rejoint mon copain à Genève. On habitait aux Pâquis, haut-lieu de la prostitution, et je travaillais dans un kiosque qui vendait des magazines pornographiques. Toute la journée j’avais des images explicites sous les yeux et les prostitué.e.s venaient chercher leurs packs de 100 préservatifs. A ce moment-là, je me suis dit que ce n’était pas possible et que je ne ferais plus rien d’autre que des travaux artistiques.
Et comment es-tu arrivée à l’enseignement ?
Mon copain donne déjà des cours à l’école d’art de Bienne, et j’avais été invitée à faire un workshop avec lui (Adrien Horni, ndlr). Alors on l’a fait. Mais être en couple et travailler ensemble ça ne marchait pas vraiment. Par la suite, j’ai fait plusieurs projets avec la classe propédeutique et la maturité professionnelle, de mon côté. À force de graviter autour de l’école, ma présence est devenue plus officielle et plus demandée.
Qu’est-ce qui te plaît dans l’enseignement ?
Sentir que dans une classe, il y a quelques personnes qui suivent le mouvement, c’est agréable. À l’inverse c’est difficile de devoir tirer la corde quand les élèves ne sont pas là ou n’écoutent pas.