La projection fantastique

La classe de première année CPMD est en pleine effervescence. La très importante échéance de la remise de leur projet de court-métrage ressemble à une plongée dans le grand monde : en juillet, leur film sera projeté dans le cadre du NIFFF, à Neuchâtel. Pierre-Yves Walder, directeur du festival, nous a accordé une entrevue pour parler de ce festival hors-norme.
Vous êtes directeur du NIFFF. Pouvez-vous nous dire depuis quand et puis vous présenter brièvement ?
Je suis directeur du festival depuis la fin de l’édition 2021, mais j’ai travaillé au NIFFF avant comme programmateur. La directrice artistique était Anais Emery à l’époque et j’ai travaillé à la programmation pendant quelques années. Parallèlement, j’ai aussi œuvré dans divers festivals de cinéma, en Suisse à Locarno, Genève, Nyon pour Visions du réel, et puis un peu en France aussi et dans l’audio-visuel en général, comme à la RTS par exemple…
Pour les gens qui connaissent pas, c’est quoi le NIFFF? Et ça existe depuis combien de temps ?
Alors NIFFF avec 3 F, c’est l’acronyme de Neuchâtel International Fantastic Film Festival. Comme son nom l’indique, c’est un festival dédié au film fantastique qui est un genre très large qui inclut la science-fiction, l’horreur, l’héroïque fantasy, le thriller, le thriller psychologique. On a une appréhension très large du genre. Dans l’ADN du NIFFF, il y a aussi le cinéma asiatique qui a été tout de suite une grande force du festival, donc le cinéma coréen, le cinéma japonais, des cinématographies qui n’étaient pas très connues en 2000 quand le NIFFF a été créé. Le festival a permis de découvrir sur grand écran beaucoup de films qui n’étaient pas forcément disponibles par ailleurs, ou seulement en import DVD, ou alors dans des grandes villes comme Paris, ou d’autres métropoles culturellement plus fournies. Le NIFFF a amené des films qu’il n’était pas possible de voir sur les écrans romands.
Comment est née l’idée de faire un festival de ce type à Neuchâtel ?
C’est une équipe de passionné.e.s, comme on dit, qui aimait justement ce genre de cinéma, fantastique, asiatique, qui a eu l’idée de le mettre en valeur et de créer un festival autour de ça. C’était quelque chose d’assez nouveau à l’époque, même si d’autres endroits en Europe ont créé des festivals avec le même genre de thématique à peu près à la même époque. C’est né de cette envie de gens passionnés et cinéphiles de mettre plus en lumière ce genre. Après avoir créé un cinéclub entre la Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, puis organisé diverses projections, la volonté s’est affirmée de créer un événement culturel plus sérieux.
Est-ce que vous avez un souvenir marquant par rapport au NIFFF à nous raconter?
Alors ça c’est difficile ! Il y a tellement de chose qui se sont passées… Souvent, c’est les rencontres avec des invité.e.s. Je me souviens notamment de la première année où j’ai travaillé là. Joe Dante, réalisateur de Gremlins et de Pirañia, était là, et j’étais très impressionné de le rencontrer. Il y a eu aussi Ideo Nakata, le réalisateur japonais qui a réalisé Ring, ce film qui a fait l’objet de plusieurs remakes et de plusieurs suites. Quand j’ai repris la direction du festival j’ai aussi été très ému d’accueillir Joyce Carol Oates, une écrivaine américaine extrêmement connue, pas seulement dans le genre gothique ou fantastique. Elle était dans le jury et quand je l’ai accueillie, j’ai eu une vraie émotion parce que j’adore ce qu’elle fait. Ah, et puis encore John McTiernan, réalisateur de Die Hard, qui est venu pour la projection de ce film justement, sur la place du marché à Neuchâtel, un immense open air de 600 places, plein à craquer. Il a eu droit à une ovation digne d’une rockstar. Ça, c’est des souvenirs forts ! J’aime boffrir au public ce genre de moment.
Si on revient à ce qui nous concerne, est-ce la première fois qu’une école participe au NIFFF ?
Alors non, ce n’est pas la première fois. Mais les collaborations avec les écoles, ce sont toujours des formules différentes. Avec votre école, je suis ravi qu’on fasse ça avec Lilo Wulschleger. Je trouve notamment très intéressant qu’elle prenne le temps de donner des ateliers et de développer des thématiques autour du cinéma fantastique par exemple. Sur un autre plan, j’ai donné des cours à la HEAD à Genève ; je propose parfois des courts métrages de la HEAD pour la programmation de focus spéciaux. Certaines écoles, comme le lycée Blaise-Cendrars à Neuchâtel, ou le Lycée Denis-de-Rougemont, envoient des étudiants pour faire partie du jury des jeunes. Ces jeunes viennent visionner les films, apprennent à les évaluer, et à la fin, décernent un prix. Ça aussi c’est une manière de travailler avec elles et eux. Donc y a eu plusieurs formules. Je pense que c’est très important d’être en contact avec votre génération, parce que vous représentez la relève à plein de niveaux, au niveau artistique, au niveau public. C’est bien de faire sortir le cinéma fantastique en dehors du cercle des “initiés”, même si le cinéma fantastique s’est de plus en plus démocratisé.
Qu’attendez-vous de cette collaboration ?
Les travaux issus de la collaboration avec Lilo, ça va forcément être quelque chose d’intéressant à voir, je le sais. Et il y a un plus géographique aussi dans le fait de bosser avec Bienne, qui a des autres ressources. Il y a par exemple des ateliers de bruitage dans des écoles, ici, et c’est bon à savoir. Et puis c’est tout près de Neuchâtel, mais c’est vraiment pas du tout le même canton. Enfin, interagir avec vous, c’est aussi un plus mutuel : on découvre une nouvelle école, et votre école, elle découvre le NIFFF.