L’école s’expose au NMB

Le Nouveau musée de Bienne rend hommage à vingt figures marquantes de la vie biennoise à travers l’exposition 20 Figures biennoises / 20 bieler Köpfe. À cette occasion, deux classes de B:B, graphistes et CPMD de deuxième année, ont été invitées à collaborer avec l’équipe du musée pour produire des portraits plus inattendus qu’ à l’accoutumée. On s’est entretenu avec son conservateur pour savoir pourquoi le Musée a décidé de solliciter les regards croisés des élèves de l’école d’art.
Bonjour Florian, et merci de nous recevoir. Avant de plonger dans l’exposition proprement dite, pouvez-vous décrire en quelques mots ce que fait le NMB ?
Le NMB est un musée à Bienne qui travaille sur trois volets : archéologie, art et histoire. 
Nous avons une collection permanente, et nous montons des expositions sur l’histoire culturelle de Bienne et de la région. Les expositions permanentes mêlent ces trois thématiques et notre tâche est de trouver des thèmes qui fonctionnent aussi bien pour les trois domaines, même pour des thèmes historiques qui concernent des populations qui vivaient ici il y a 6000 ans et jusqu’à nos jours. Comme ce sont de très longues périodes, nous ne procédons pas de manière chronologique, mais choisissons des sujets communs. Par exemple le thème de l’eau et son importance pour Bienne dans l’histoire. Ou alors, le thème des langues, du Rösti-Graben, des barrières linguistiques. Quant au projet que nous avons initié ici avec l’école, il s’agit de portraits de personnalités qui ont marqué l’histoire de Bienne d’une façon ou d’une autre.
C’est la première fois que vous collaborez avec une école pour une exposition ?
Nous avons assez souvent des collaborations ponctuelles avec des établissements d’enseignement, mais il s’agit le plus souvent de facultés universitaires en lien avec nos trois disciplines. Cependant, nous avons déjà collaboré avec la Haute école spécialisée dans le domaine de la technique et de la robotique, par exemple, pour concevoir une exposition sur le montage des robots et les révolutions industrielles. Là, c’est effectivement notre première collaboration avec une école spécialisée dans le domaine du graphisme et de l’art. Nous, nous connaissons notre matière par cœur, donc nous souhaitions soumettre à d’autres personnes qui ne la connaissent pas, quelques biographies choisies. Notre vœu est de pouvoir exploiter ce qu’elles en retirent, ce qui les frappe, ce qu’elles trouvent particulier. En ce sens, c’était un ballon d’essai, un test pour voir comment des étudiants en art réagissent quand on leur présente des biographes inconnues pour la plupart.
Comment avez-vous sélectionné ces 20 biographies ?
C’était un choix difficile… Comme en 2024, la contrainte de base était d’avoir 20 portraits. Alors, nous avons essayé d’être le plus représentatifs possible dans ce choix, de rester fidèles à l’histoire. Cela signifie qu’on a dû prendre en compte différentes époques. On a veillé à une présence équilibrée entre hommes et femmes, entre langues allemande et française, on a vraiment cherché à représenter la diversité de la société dans cette sélection… Ce n’est évidemment pas facile. Nous avons beaucoup d’informations sur certaines personnes : des gens proches de notre époque, bien souvent des hommes, des gens qui appartenaient à l’élite, qui étaient puissants, qui laissent des traces dans des films. Alors que pour les migrantes et migrants, les femmes ou les personnes qui ont vécu il y a deux ou trois mille ans, on ne trouve presque rien. C’est un défi pour nous. Nous avons également essayé de chercher d’autres façons de faire avec des personnalités qu’on connaît déjà. On s’est dit qu’on avait là une occasion de les voir différemment. On peut toujours reconsidérer les sujets et avoir un nouveau point de vue. Ça, c’était très motivant. La deuxième approche était de prendre des gens totalement inconnus, des gens issus de la migration, des gens des classes inférieures, parce qu’ils et elles font aussi partie de l’histoire. Et de thématiser précisément pourquoi on sait si peu de choses sur ces gens, pourquoi on ne les a pas mis en avant et présentés de manière spécifique, et pourquoi on leur a accordé jusqu’ici moins d’importance.
Combien de temps a duré cette complexe sélection ?
Oh, c’était un long processus… Depuis les premiers choix de personnages jusqu’à la fin, environ un an et demi. Pour le NMB, l’enjeu de cette exposition, c’est qu’elle dure dans le temps et nous amène une autre visibilité. Ce projet intègrera ensuite idéalement notre exposition permanente, conçue pour durer plusieurs années. C’est un processus que nous faisons évoluer par étapes, qui est aussi une réflexion sur notre propre travail et sur la réaction du public. Nous avons en somme intégré un groupe de réflexion supplémentaire : les étudiants de l’école d’art.
Allez-vous conserver les projets des étudiants ?
Les gens vont venir voir l’exposition. On va étudier leurs réactions, et repérer ce qui les interpelle. Il y a énormément de nouvelles propositions qui ont été produites dans ce mandat. Ensuite nous étudierons comment intégrer ces 20 figures à l’exposition permanente, avec en plus 5 nouvelles biographies supplémentaires, cinq portraits vidéo de femmes, qui n’ont pas encore été montrés.
Et avez-vous été surpris par les projets présentés ?
Et avez-vous été surpris par les projets présentés ?
Est-ce que vous réitériez une telle expérience avec notre école ?
Oui, je pense. Le projet doit convenir aux deux parties, apporter quelque chose, une plus-value des deux côtés. Bien sûr, c’est un sacré défi de réaliser un tel projet, il y a beaucoup de personnes impliquées au niveau de l’organisation, et il y a surtout des visions extrêmement diverses à combiner : celles des étudiants, des artistes, avec nos disciplines scientifiques, académiques… C’est passionnant et intéressant, de pouvoir échanger avec d’autres cerveaux dès la phase de conceptualisation. L’exposition est certes hébergée dans notre musée, mais certaines des installations sont réalisées par des artistes en herbe, comme on dit, et pas par des universitaires. A nous de créer un dialogue, et de faire en sorte que les visiteurs comprennent qui a produit quoi. Donc oui, c’est une très bonne chose si de telles possibilités s’offrent à nouveau à nous : c’est important pour un musée biennois, d’offrir selon les expositions, la possibilité à la ville de collaborer avec des acteurs locaux.