L’école B:B est répartie sur plusieurs sites voisins. Chacun de ses bâtiments abrite une population étudiante particulière. Rue de la Gabelle, deux parties de l’école se font face, séparés par un passage piéton et le feu rouge le plus long du monde. Si le bâtiment du n°21 abrite des formations professionnelles sur quatre ans, ce qui se passe dans la maison d’en face, au n°18 semble bien plus organique. On sait vaguement que deux formations d’une année y cohabitent : maturité spécialisée et année propédeutique, mais c’est maigre. On est donc allé trouver Jacqueline Baum, pour qu’elle lève le voile sur le fonctionnement de cette année propédeutique, et puis on s’est entretenu avec l’un de ses élèves, Pierre Damien, pour mieux comprendre.
Les vitrines du n°18 de la rue de la Gabelle ressemblent à une exposition en perpétuelle évolution. Les productions des élèves qui l’occupent se succèdent de semaine en semaine, plus exubérantes les unes que les autres.
L’année propédeutique, ou propä pour les intimes, remplace peu ou prou l’ancien cours préparatoire à l’entrée en classe professionnelle de graphisme. Avec l’avènement des hautes écoles, cette année préparatoire généraliste est désormais réservée aux jeunes avec maturité, qui se destinent à intégrer une HES.
Le propä accueille annuellement trois classes – deux germanophones, une francophone – pour un total de quarante-huit étudiant.e.s. Organisées au départ par langue, les trois classes se réorganisent en cours d’année au gré des ateliers, et lors des phases de recherches personnelles.
L’année proprement dite est divisée en trois grandes phases. La première est une période d’intro répartie sur neuf semaines. Dans cette période d’initiation, les élèves acquièrent les principes de bases des disciplines telles que la vidéo, la photographie, la peinture, l’imprimerie, la sculpture entre autres. Chaque discipline se découvre dans le cadre d’une semaine de pratique intensive.
À l’issue de cette première phase d’initiation, la deuxième phase commence : tout le monde choisit trois projets qui sont autant de variations sur un thème annuel commun. En 2023, c’était « permaculture ». En 2024, c’est « cuisine », qui a été élue thématique de l’année. Ces thématiques ont pour but de guider la recherche, mais aussi de pousser les étudiant.e.s à se questionner sur diverses façons de vivre.
A l’issue de ce travail individuel intensif démarre la troisième phase : chacune et chacun consacre un mois à son dossier de candidature pour l’entrée dans la haute école de leur choix. La fin de leur année donne en parallèle l’occasion de participer à divers workshops avant de se lancer dans un travail personnel qui sera exposé public à la fin juin.
Comme on est à peu près à mi-chemin de la phase de recherche individuelle, on est allé voir sur quoi travaille la classe en ce moment. Il s’avère que le Photoforum a invité les élèves à interagir avec de l’exposition d’Emilio Nasser « Shipwrecks of dreams » *. L’exposition traite du thème du foyer et du sentiment d’appartenance, et se déploie dans les corridors et les salles du musée, sauf la dernière pièce, qui est réservée à la classe et à ses propositions.
Pierre Damien, nous explique en détail le déroulement de cette collaboration :
« La classe propä avait carte blanche pour réagir à l’exposition d’Emilio Nasser. Elle a consacré deux jours par semaine, sur un mois, à travailler à ce projet. Le processus de création a impliqué une vingtaine de personnes qui ont effectué des recherches approfondies sur le thème du chez-soi, de la migration et de l’accueil en Suisse. Notamment en visionnant une série de films.
Notre travail pour l’exposition s’est organisé en deux propositions successives. On a tout d’abord créé une biographie, en compilant les réponses des élèves à un questionnaire anonyme. C’est cette nouvelle identité collective qui exprime son ressenti par rapport au thème et aux images de l’exposition hébergée dans le Musée.
Puis on a produit toute une série d’origamis en forme de bateau, qui s’inspiraient de l’œuvre d’Emilio Nasser, et sur lesquels étaient insérées des réflexions sur le chez-soi et l’appartenance. Enfin, on confectionné un carnet de recettes rappelant l’idée de foyer.
Dans la deuxième partie, on a exposé un drap rempli de dessins d’enfants représentant des lieux où ils se sentent bien, lieux réel ou imaginaires au besoin. Puis on a invité les visiteuses et visiteurs de l’exposition à participer en dessinant à leur tour un lieu sur des nappes posées sur une table. Les bateaux en papier ont été exposés sur les murs. La classe avait la possibilité de faire évoluer cette installation dans l’exposition autant de fois qu’ils le voulaient. »
L’exposition est à voir jusqu’au 24 avril prochain.
*www.photoforumpasquart.ch.